vendredi 20 juillet 2007
Saint-Tropez veut plus de milliardaires
Navigation de plaisance Saint-Tropez veut plus de milliardaires.
La vie de milliardaire a ses contingences insoupçonnées. De Ponte Cervo à Monaco, on doit galérer pour amarrer son yacht et s'entasser comme vulgaires barcasses. Le nombre des grands yachts (plus de 24 m) devrait doubler d'ici à 2010, et un quart d'entre eux, soit 2 000 unités, cabotent en Méditerranée. Les ports capables de les accueillir ne suivent pas. C'est la crise, si l'on ose employer ce mot. Saint-Tropez lorgne le marché. La mairie doit dévoiler, jeudi 19 juillet, le projet d'un troisième bassin (d'un coût d'environ 100 millions d'euros, selon une première estimation), qui serait dédié à ce qu'on nomme pudiquement la "grande plaisance".
Ce plan d'eau permettrait l'hivernage d'une cinquantaine de yachts et de leurs équipages, qui peuvent atteindre une douzaine de personnes. Il serait bordé d'une zone dédiée à l'entretien. Une aire d'atterrissage pour les hélicoptères permettrait un accès facile aux propriétaires. Le maire de la ville et député (UMP) du Var, Jean-Michel Couve, défend son projet, qui s'inscrit dans une vaste reconfiguration de la façade littorale. Son but : "Attirer les gens à très fort pouvoir d'achat", surtout hors saison. "Les gens se sédentarisent de plus en plus à Saint-Tropez. Il n'y a pas que la jet-set ou les vedettes. Vivent ici également des patrons de société. Des contrats d'affaires se nouent entre ces chefs d'entreprise." En proposant ponton pour le bateau mais aussi ouverture de boutiques de luxe, l'élu souhaite pérenniser l'activité sur l'année et ne plus se contenter de la frénésie estivale. "Saint-Tropez ne doit pas être un mini-Cannes ou un mini-Monaco, conteste Jean-Pierre Tuveri, leader sans étiquette de l'opposition municipale. Le golfe de Saint-Tropez est semi-fermé et déjà saturé. Nous n'avons pas besoin d'un garage à bateaux supplémentaire." L'adversaire du projet fait également valoir les menaces écologiques qui pèsent sur la flore sous-marine, notamment les herbiers (protégés) de posidonie. "Il n'y aura pas de retombées économiques pour les chantiers locaux, poursuit-il. Ces bateaux appartiennent à des sociétés basées dans des paradis fiscaux qui les louent une fortune, jusqu'à 200 000 euros la semaine, à de riches clients. Leurs propriétaires iront les réparer dans des pays à faible coût." Jean-Pierre Tuveri s'est promené sur le vieux port : sur les 22 yachts amarrés pour l'été, 12 sont immatriculés aux îles Caïmans.
Article publié le 20 Juillet 2007;
Par Benoît Hopquin
Source : LE MONDE
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